Lumière matinale sur les Jorasses

Il arrive parfois qu’on ne trouve pas ce que l’on cherche au moment de partir, mais qu’on découvre de nouvelles choses en se laissant porter par les découvertes, de nouveaux horizons comme de nouvelles expériences.

Initialement mon souhait était d’aller photographier la voie lactée sur les Grandes Jorasses depuis le refuge du Couvercle. Alors que les conditions météo semblaient être optimales, le ciel s’est bouché et je n’ai pu la photographier à la nuit tombée.
Ce secteur du massif du Mont Blanc m’était connu que par les cartes, mais je n’y était encore jamais allé. J’ai toujours frôlé ce secteur depuis la vallée blanche ou en m’arrêtant l’été sur la mer de glace.
C’est une sorte de cirque avec pour seules entrées les échelles de Leschaux ou de la Charpoua.

Accompagné de mon ami Guillaume nous rentrons dans ce cirque, vaste terrain de jeux glaciaire, entouré de cathédrales éclairées par d’indicibles lumières dans lequel règne un calme absolu. Le soir les nuages sont chargés d’orages, de l’orange au gris foncé voir noirs, quelques étoiles brillent timidement et le glacier ressort si blanc.
Tant pis, le soir depuis la terrasse du refuge je ne pourrais photographier ce dont je rêvais depuis plusieurs nuits, mais nous étions heureux la haut à regarder les montagnes.
S’asseoir, regarder les montagnes, rigoler et être heureux suffisent amplement.

Au matin lorsqu’il s’agit d’ouvrir les yeux mais de ne pas s’arrêter de rêver, je m’approche de la fenêtre qui chauffe de la lumière du soleil qui la traverse et illumine le dortoir du refuge. En allant observer à la fenêtre, le soleil tape fort sur les Jorasses, il dessine les aspérités de la paroi, ses lignes d’arêtes, lui appose sa teinte chaude et orange du matin. La lumière est diffuse, putain qu’elle est belle sur la pointe Walker, puis s’atténue de la pointe Croz au col des Grandes Jorasses.
Figés dans leur granit, ces sommets appartiennent aux 4000m.
Au matin je compose alors avec le froid de la glace et de la neige, la rugosité du rocher, les couleurs du ciel et des lumières diffuses sous un léger ciel bleu.

Il est bon de sentir le froid au réveil devant le refuge du Couvercle avec un thé chaud, dans ce cirque sans estrades, sans rideaux, si ce n’est avec un droit d’accès par quelques heures de crampons.